CasamanSun 2008-2018: 10ans deja!

Association

Créée en 2008 de la volonté exprimée par des scientifiques considérant que la recherche se devait d’être au service du développement, la conférence CasamanSun existe grâce à l’engagement important de l’Université de Ziguinchor et de notre association Casamanscience.

A l’image d’un continent africain en pleine croissance, tous différents mais tous solidaires et tous au service d’une même vision partagée, CasamanSun reflète la diversité, l’innovation et une certaine volonté de changer les choses avec comme dénominateur commun l’envie d’agir pour une société meilleure et d’améliorer le quotidien des populations locales.

CasamanSun est un projet « Glocal », autrement dit « penser global et agir local » ou plutôt « aider mon voisin tout en changeant le monde ». Nous sommes convaincus que l’Afrique reste aussi la meilleure vitrine quant à la réalisation d’un développement économique « glocal », durable et solidaire.

En 2008, la principale motivation des énergies nouvelles renouvelables (EnR) était un prix du baril au-delà des 100$. A cet instant de nombreux pays non-pétroliers, comme le Sénégal, souffraient terriblement de ce déficit énergétique dans leur balance commerciale.

Les EnR représentaient alors une alternative aux énergies fossiles mais le secteur pâtit d’une mauvaise réputation due à de multiples facteurs : mauvaise qualité des installations, difficultés de trouver des financements ou prêts bancaires et absence de cadres législatifs ou fiscaux incitatifs.

Le 1er CasamanSun a pu mettre en relation divers acteurs des domaines public et privé, de hauts-cadres ministériels, des étudiants, des chercheurs et des entrepreneurs. L’état des lieux est fait et la machine se met en place.

En 2010, des collaborations se sont mises en place entre différentes universités de l’UEMOA ou d’Europe. Des échanges d’étudiants ont lieu et des thèses de doctorat entre les universités sont réalisées. Les étudiants ne souffrent plus de déracinement, enseignent leur savoir-faire et profitent des instruments scientifiques nécessaires pour atteindre la qualité requise à une reconnaissance internationale de leurs travaux de thèse. Mais les universités les plus aisées bénéficient aussi d’un accès à des thématiques et des données qui jusque-là étaient peu étudiées. Gagnant-Gagnant ? Nul ne sait mais solidaire et nouveau, c’est sûr!

Ainsi en 2012, les 1er nanofils de silicium pour des applications photovoltaïques sont créés au Sénégal mais aussi les 1ères bribes d’une électronique organique. Les papiers sur l’environnement commencent à émerger. Les questions de valorisation de la biomasse, de la gestion des ressources halieutiques ou de la dimension sociale que doit considérer une innovation sont mises en évidence …

De plus, Les techniciens ou les étudiants cherchent un emploi ou une demande de stage mais c’est très difficile. De nombreuses entreprises ont été créées mais le tissu économique est fragile voire artisanal. D’ailleurs nous en profitons pour remercier les industriels qui nous ont accompagnés dont l’entreprise Lorentz (Kafountine et Dakar) présente à toutes les éditions de la conférence depuis 2010.

En 2014, les « smart » technologies apparaissent. Ces réseaux connectés de panneaux solaires font l’objet d’études approfondies et de nombreuses simulations. On fait des simulations numériques à cause de la rareté du matériel scientifique mais malgré ces difficultés financières, on cherche, on fait de la science…

Côté environnement, l’impact de la qualité de l’air sur la santé et sur le rendement des panneaux solaires est étudié. En effet, les poussières durant la saison sèche – où l’ensoleillement est optimal – tuent le rendement photovoltaïque en diffusant la lumière solaire. Aussi la qualité de l’air dans les maisons est fortement dégradée par les poêles à charbon.

L’isolation thermique est un sujet de plus en plus étudié. L’argile de Casamance est analysée sous tous les angles : sous microscopie optique ou électronique. Ces propriétés sont de plus en plus plébiscitées non-seulement pour des applications en génie-civil mais aussi en électronique. Ensuite, qui savait que la laine de kapok (fleur cotonneuse de l’arbre Fromager) est aussi un très bon isolant thermique? C’est ce genre d’information que l’on peut apprendre à CasamanSun. C’est une valorisation de la flore locale et aussi une reconnaissance de l’importance de la biodiversité. Comme cette étude réalisée par l’université de Ziguinchor sur les plantes médicinales utilisées dans la médecine traditionnelle qui a pu vérifier grâce a une expertise scientifique poussée et très rigoureuse les bienfaits avérés de certaines plantes médicinale locale !! Ainsi à travers Casamansun, de nouvelles ressources naturelles et durables ont été mise en avant.

En 2016, la gestion des systèmes hybrides (éoliens et solaires) est optimisée grâce à des designs de régulateurs faits localement. Les ONG profitent aussi de l’expertise des chercheurs présents. Les chercheurs scientifiques profitent d’un retour d’expérience des ONG sur le terrain. On discute, s’informe, s’échange les cartes de visites et on s’invite pour faire une visite sur le terrain ! CasamanSun sert à mettre en relation les acteurs d’un même domaine pour accélérer les transferts de technologies !!

Les étudiants participent à l’organisation de la conférence. Certains étudiants-chercheurs font leur 1ère conférence. Les présentations sont de très bonnes qualités. Certains stressent, d’autres parlent avec aisance mais tous redoutent le moment des questions. Les étudiants de licence de Ziguinchor sont en examens mais malgré tout, ils viennent assister aux présentations. Ils profitent de cette occasion pour approfondir leur cours, chercher un stage ou commencer à se faire un réseau professionnel. Mais l’insertion des jeunes professionnels est difficile. Le secteur public est le seul recruteur et la concurrence est rude. De grands projets sont annoncés mais leurs réalisations tardent du fait de la difficulté d’avoir des financements. Certains étudiants se posent des questions sur leur orientation ou même de savoir pourquoi ils font des études dans ce climat économique peu propice aux  longs cursus. Mais ils pourront voir de leurs yeux ce que font les chercheurs de leurs établissements et ce qui se fait ailleurs. C’est d’ailleurs sur ce point que notre projet va maintenant s’axer par des partenariats avec des centres de formations professionnelles et des entrepreneurs.

Lors de la derniere edition, le succès est au rendez-vous. Le niveau de la conférence s’est bien amélioré et est équivalent à des conférences nationales en France sur ces thématiques. Il y a une demande pour organiser une conférence chaque année. On accélère la cadence.

C’est l’Université de Saint Louis qui prend le relais en 2017 pour réaliser avec succès la COAER (Conférence Ouest Africaine Energies Renouvelables).

Encore une fois, un grand merci à nos collègues de l’Universite Gaston Berger qui malgré le temps imparti ont pu réaliser cette conférence avec succès.

En 2018, qu’est ce qui changera ?

Déjà le contexte socio-économique du Sénégal est très diffèrent. On parle de pétrole off-shore au large du Sénégal et les ressources sont non-négligeables mais le prix du baril a beaucoup chuté, à 50$ au plus bas depuis 2005. Le phosphate n’est plus la seule possibilité de rente minière. De nouvelles ressources minières sont aussi mises à jour. Il y a du Zircon, une pierre semi précieuse dont les propriétés sont surtout utilisées pour l’industrie nucléaire ou l’électronique. Cependant, la question de la gestion durable de ces ressources et surtout de l’impact sur l’environnement fait l’objet de vifs débats de la part des populations locales et du secteur touristique qui ont tous deux peur à la fois d’une dénaturation de leur environnement de vie et aussi de la création de troubles voire de conflits.

Après l’énergie, il y aussi le boom des start-ups surtout dans le domaine des FinTech – ces technologies qui révolutionnent l’industrie financière- ou de la gestion collective via des apps sur smartphone.

On pourrait croire que les EnR sont oubliées mais c’est bien le contraire. Le prix des panneaux solaires est au plus bas et devient ultra compétitifs. Les smart-grids poussent partout et contribuent à augmenter le taux d’électrification rurale. La viabilité financière est avérée et le secteur est en plein essor.

L’internet des objets (IoT) représente la 4ème révolution industrielle qui commence. Ces objets connectés seront capables de nous aider à mieux rationaliser et à mieux optimiser notre consommation énergétique. Cependant, ils demeurent  des objets consommateurs d’énergie.  De quel côté, la balance va basculer ? Le stockage de gigantesques bases de données, leur gestion par des algorithmes de plus en plus puissant, l’avènement de l’intelligence artificielle, les Fintech comme solution de paiement, l’e-santé… tout cela va encore demander beaucoup d’énergie à moindre coût.

On voit donc bien que la question des énergies renouvelables sera encore plus d’actualités pour encore longtemps, très longtemps…

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